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L’histoire des jumelages entre la Bourgogne-Franche-Comté et la Rhénanie-Palatinat

Une diplomatie par la base : L’histoire des jumelages entre la Bourgogne-Franche-Comté et la Rhénanie-Palatinat

Le partenariat régional et le mouvement de jumelage entre la Franche-Comté (aujourd’hui intégrée à la région Bourgogne-Franche-Comté) et la Rhénanie-Palatinat (Rheinland-Pfalz) représentent l’une des réussites les plus emblématiques de la diplomatie citoyenne et de la réconciliation européenne de l’après-guerre.

Bien avant que des traités interétatiques ne viennent officialiser les relations franco-allemandes au plus haut niveau, des maires, des vétérans et de simples citoyens ont posé les jalons de la paix, transformant une histoire lourdement marquée par les conflits en un réseau serré de liens communautaires transfrontaliers.

1. Le catalyseur de l’après-guerre : la zone d’occupation française

La structure administrative de l’Allemagne d’après-guerre a été le déclencheur direct de ce lien régional unique. Suite à la division de l’Allemagne en 1945, l’armée française occupe le sud-ouest du pays. Par une ordonnance du 30 août 1946, le commandant en chef de la zone d’occupation française, le général Pierre Kœnig, crée officiellement le Land de Rhénanie-Palatinat à partir de territoires de l’ancien Palatinat bavarois, de la province prussienne du Rhin et de la Hesse rhénane.

Le personnel militaire et administratif français affecté dans des villes comme Mayence (Mainz) ou Coblence (Koblenz) étant fréquemment originaire des régions de l’Est de la France, des réseaux personnels et professionnels profonds se sont rapidement tissés dès la fin des années 1940.

Des responsables culturels français et des citoyens allemands visionnaires ont vite compris qu’une paix durable ne pouvait reposer sur une simple occupation militaire, mais exigeait une réconciliation structurelle des sociétés civiles.

2. Les pionniers des relations transfrontalières (Les années 1950)

Au début des années 1950, des figures telles que Henry Chauchoy (délégué supérieur pour le district de Mayence) et Albert Petitjean commencent à organiser des échanges de proximité.

1953 : Un groupe de journalistes allemands de Rhénanie-Palatinat effectue un voyage historique de l’autre côté de la frontière pour rencontrer des élus locaux français.

Septembre 1956 : L’Amicale Rhénanie-Palatinat / Bourgogne est créée à Mayence.

Février 1957 : L’Amicale Bourgogne / Rhénanie-Palatinat voit le jour à Dijon sous le parrainage de personnalités locales influentes, notamment le chanoine Félix Kir.

Ces associations ont joué le rôle de facilitateurs, encourageant activement les villes et villages de Franche-Comté et de Bourgogne à se trouver des partenaires outre-Rhin.

La philosophie centrale était évidente : si la jeunesse, les clubs sportifs, les pompiers et les harmonies musicales de ces communes se rencontraient directement, les cicatrices psychologiques laissées par trois guerres consécutives (1870, 1914 et 1939) finiraient par s’estomper.

3. L’accord régional de 1962 : pionnier du traité de l’Élysée

L’élan généré par ces rapprochements locaux a débouché sur un jalon historique. Le 26 juin 1962, la Rhénanie-Palatinat et les autorités régionales françaises ont officiellement signé un accord de partenariat régional formel.

Il s’agissait du tout premier partenariat régional jamais établi entre un Land allemand et une région française. Fait remarquable, cet accord a été signé près de sept mois avant que Charles de Gaulle et Konrad Adenauer ne signent le traité de l’Élysée en janvier 1963, positionnant ces territoires à l’avant-garde de l’amitié franco-allemande institutionnelle.

Lors de la réforme territoriale française de 2016, cette relation historique a été fièrement préservée et élargie, le partenariat étant officiellement renouvelé pour intégrer pleinement le territoire de la Franche-Comté aux côtés de la Bourgogne au sein de la nouvelle région unifiée Bourgogne-Franche-Comté.

4. Un tissu dense de jumelages locaux

Aujourd’hui, plus de 140 chartes de jumelage unissent des municipalités de part et d’autre de la frontière. Ces jumelages concernent aussi bien des chefs-lieux de départements que de petits villages ruraux :

Les grands centres urbains : Les jumelages phares (comme Mayence-Dijon) ont donné le ton, suivis par les capitales départementales franc-comtoises qui ont développé des échanges institutionnels, universitaires et artistiques.

Le réseau intercommunal : Des dizaines de petites communes ont trouvé des partenaires en fonction de similitudes topographiques ou de secteurs économiques partagés (filière bois, agriculture, viticulture).

La vie des échanges : Depuis des décennies, ces jumelages se traduisent par des rencontres annuelles de jeunes, des matchs de football, des manœuvres conjointes de sapeurs-pompiers et la présence mutuelle de vignerons lors des fêtes de villages.

La Maison de la Rhénanie-Palatinat : Le cœur battant du partenariat

Pour pérenniser cet immense réseau de comités de jumelage bénévoles, une infrastructure dédiée était devenue nécessaire. Fondée en 1991 à l’occasion du 30e anniversaire de l’accord régional, la Maison de la Rhénanie-Palatinat (MRP) est le centre logistique et opérationnel de cette coopération transfrontalière.

Située dans le centre historique de Dijon (au 29, rue Buffon), elle fonctionne comme une structure hybride : à la fois ambassade culturelle, institut de langues et cheville ouvrière des projets interrégionaux.

Ses missions principales

La MRP déploie ses actions autour de quatre piliers fondamentaux pour faire de l’amitié franco-allemande une réalité concrète et quotidienne :

  • Diplomatie culturelle et grands événements : Le centre fait rayonner la culture allemande à travers toute la région Bourgogne-Franche-Comté en organisant des expositions, des projections de films, des conférences-débats avec des historiens ou sociologues, ainsi que des rencontres gastronomiques (valorisant par exemple les vins du Palatinat ou de la Hesse-Rhénane).
  • Apprentissage des langues et certifications : En tant que partenaire officiel du Goethe-Institut, la MRP est le principal centre d’enseignement de l’allemand dans la région. Elle dispense des cours pour tous niveaux et est habilitée à faire passer les examens officiels (Goethe-Zertifikat).
  • Mobilité des jeunes et des professionnels : La structure gère de nombreux programmes d’échanges et de stages sous l’égide de l’Office Franco-Allemand pour la Jeunesse (OFAJ). Elle accompagne les jeunes Français dans la recherche d’un stage ou d’un Volontariat Éco-Citoyen en Rhénanie-Palatinat, et accueille les jeunes Allemands venant en Bourgogne-Franche-Comté.
  • Soutien logistique aux comités de jumelage : La MRP épaule au quotidien les bénévoles des 140 comités de jumelage de la région en les conseillant sur l’obtention de subventions européennes ou en facilitant les contacts avec les communes d’outre-Rhin.

Une réciprocité institutionnelle et territoriale

Ce partenariat repose sur une stricte réciprocité. Pendant que la Maison de la Rhénanie-Palatinat représente le Land en France, son institution miroir, la Maison de la Bourgogne-Franche-Comté, assure la présence française à Mayence (Haus Franche-Comté / Burgund). Ensemble, ces deux structures travaillent sous le patronage politique conjoint du Conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté et du Landtag (le Parlement) de Rhénanie-Palatinat.

L’initiative « Mobiklasse »

Parmi les projets phares de sensibilisation menés par la MRP figure la Mobiklasse. Chaque année, de jeunes animateurs allemands sillonnent les établissements scolaires (notamment ruraux) de Franche-Comté et de Bourgogne à bord de véhicules dédiés. Grâce à des méthodes ludiques et interactives, ils proposent aux élèves une première approche décomplexée de la langue et de la culture allemandes, garantissant ainsi que l’esprit de réconciliation initié après-guerre continue de se transmettre aux nouvelles générations.

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